Biographie (1921 – 2015)

Portrait de Lebadang. Droits réservés.

Portrait de Lebadang. Droits réservés.

« La vraie richesse d’un artiste est la diversité de sa création » (Lebadang).

1921
Lê Bá Đảng (Lê, son nom, Bá, son nom intercalaire et Đảng, son prénom) est né le 27 juin 1921 à Bích La Đông (province de Quảng Trị, près de Huế, ancienne capitale impériale du Viêt Nam), dans une famille de paysans aisés. En 1950, il choisit le pseudonyme de Lebadang qui est une contraction de son nom, de son nom intercalaire et de son prénom. Ce sera sous ce nom qu’il signera ses œuvres.

1921 – 1939
C’est à Bích La Đông, village situé près de Quảng Trị, au centre du Viêt Nam, qu’il fait ses études primaires. Dès son adolescence, il ressent le besoin impératif d’échapper à sa condition et de partir en France. N’étant pas majeur, il modifie son état civil et s’engage au service de la Main d’œuvre indigène (M.O.I) rattaché au ministère du Travail français. Son père ne pourra pas annuler son engagement et assistera désemparé au départ de son fils.

1940-1941
Incorporé à Quảng Trị le 16 octobre 1939, il embarque à Tourane (aujourd’hui Đà Nẵng) le 3 février 1940 et débarque à Marseille, après 47 jours, le 20 mars 1940 et une traversée éprouvante. A l’arrivée, il est parqué avec ses camarades à la nouvelle prison des Baumettes. Il fera partie de ces « travailleurs indochinois » recrutés pour la plupart de force par l’État français, au début de la Seconde Guerre mondiale, pour remplacer les ouvriers français mobilisés et travailler principalement dans les usines d’armement et les poudreries. Cette période fera l’objet d’un livre (paru en 2009 aux Éditions Actes Sud) Immigrés de force : les travailleurs indochinois en France, 1939-1952 écrit par Pierre Daum et d’un film documentaire de cinéma (sorti le 30 janvier 2013) Công Binh, la longue nuit indochinoise, réalisé par Lam Lê, et inspiré par l’ouvrage de Pierre Daum. Deux œuvres dans lesquelles Lebadang est cité.

Arrivée à Marseille en 1940 (à droite). Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

Arrivée à Marseille en 1940 (à droite). Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

1941
Après son passage à la prison des Baumettes, il est envoyé dans une usine d’armement à Saint-Nazaire. Lors de la défaite de la France en juin 1940, sa compagnie est faite prisonnière par les Allemands. Il restera 14 mois dans les camps du 19 juin 1940 au 28 août 1941. Après deux tentatives d’évasion, il parvient à rejoindre sa compagnie en Camargue où il travaille à la réimplantation de la riziculture. De retour au camp de la M.O.I de Marseille qu’il pensait être en zone libre (mais sous le régime de Vichy depuis le 10 juillet 1940), il est envoyé au camp disciplinaire de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées après une altercation avec un officier français. Il parvient à nouveau à s’évader et rejoint Toulouse en zone libre. De ces années, qu’il qualifiera « d’horribles » , il en parlera peu.

Camp disciplinaire de Lannemezan (en bas), 1941. Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

Camp disciplinaire de Lannemezan (en bas), 1941. Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

1942 – 1948
Seul et sans ressources, il survit quelques temps dans une France en guerre et s’inscrit aux cours de peinture de M. Espinasse et aux leçons de sculpture de M. Manin à l’École des beaux-arts de Toulouse. Dans l’atelier de sculpture, il réalise en ronde-bosse le buste très réaliste d’un de ses condisciples et un nu féminin en pied qui montre déjà un dessin très sûr et une maîtrise des volumes. C’est là qu’il dit avoir trouvé la vraie France, l’amitié chaleureuse et solidaire, la culture qui l’avait toujours fasciné. C’est à l’École des beaux-arts de Toulouse qu’il rencontre Thérèse de Longueval qui deviendra l’épouse du Professeur Jacques Ruffié dont Lebadang réalisera l’épée d’académicien en 1991. Sa condition s’améliore, il crée des affiches pour l’Opéra de Toulouse (Britannicus), des événements culturels et sportifs. En juin 1948, il obtient son diplôme et gagne un concours d’affiches publicitaires. Avec l’argent du concours, il part à Paris.

LEBADANG, "Buste", 1943-48, Ecole des beaux-arts de Toulouse. Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

LEBADANG, « Buste », 1943-48, Ecole des beaux-arts de Toulouse. Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

1950
Les années 50 voient ses premières expositions à Paris et en province accueillies avec intérêt dans la presse.

Dans le milieu des Vietnamiens de Paris, il rencontre Myshu, une eurasienne née Nguyen Hai au Havre, le 5 juillet 1929 et qui deviendra son épouse. Ce sont, dans le Paris d’après guerre, les années de bohème, le quartier Latin, la rue du Chat-qui-Pêche et la rue Mouffetard dont il fera plusieurs tableaux. Il a un atelier rue de la Montagne-Sainte-Geneviève où il y peint un de ses premiers autoportraits à l’huile dans une gamme de gris et de bleus sur une toile de lin brut. Il a, alors, 29 ans.

La Librairie-Galerie du Globe à Paris présente sa première exposition personnelle.

LEBADANG, "Autoportrait", 1950, huile sur toile. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Autoportrait », 1950, huile sur toile. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

1951
Il dessine, de mémoire, à l’encre de Chine, le portrait de son père décédé à Bích La Đông. Parti en 1939, il ne reverra plus jamais son père. Le 14 mai de cette année naît Fabrice, dit « Touty ».

Il réalise des peintures intimistes avec des personnages féminins dans une palette de bruns et d’ocres qu’il utilise en larges aplats colorés comme dans les tableaux du peintre Nguyễn Phan Chánh, mais avec plus de dynamisme et de mouvement dans la composition.

LEBADANG, "Personnages", 1951, huile sur toile. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Personnages », 1951, huile sur toile. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

1952
La Galerie de l’Odéon lui organise une exposition à Paris.

1953
En 1953, il réalise une série d’encres de Chine et de lavis qui évoque la nostalgie des paysages de son pays natal et de son enfance qu’il réunit dans le carnet Parfums de tous temps. Lebadang expose désormais régulièrement à la Galerie de l’Odéon à Paris.

1954
Dès 1953, il commence à dessiner des chats à l’encre de Chine d’après le sonnet Les chats de Charles Baudelaire extrait des Fleurs du Mal. Il reprendra cette thématique à l’occasion de l’année du Chat en 2011. Courant 1954, il entreprend des encres sur papier qui représentent des scènes de la guerre d’Indochine, notamment la bataille de Ðiện Biên Phủ qui marque la fin de la guerre d’Indochine. Cette série fera l’objet d’une exposition, en 2014, au musée de l’Histoire du Viêt Nam à Hànôi.

LEBADANG, "Bataille de Diên Biên Phu", 1954, encre de Chine sur papier, 50 x 65 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Bataille de Diên Biên Phu », 1954, encre de Chine sur papier, 50 x 65 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

À cette époque, des dessins à l’encre de Chine, rehaussés d’aquarelle, représentent des scènes de la vie quotidienne dans un style assez réaliste entre la pochade et l’esquisse sur le vif, notamment à Paris, dans le quartier de la Montagne-Sainte-Geneviève et dans le sud de la France, à Cannes, Cagnes-sur-Mer et Nice où il se rend régulièrement.

1956
La Galerie de l’Odéon présente sa troisième exposition personnelle. Il expose également à la Galerie Au Seuil Étroit en face de Notre-Dame à Paris. Cette minuscule galerie, qui jouxte la librairie Shakespeare and Company fondée par Georges Whitman, lui est prêtée par Roger Maria alors directeur artistique du Théâtre du Lucernaire. Il l’aménage comme un espace d’exposition. La galerie présente notamment les peintures de l’artiste viennois Hundertwasser. Autour de Roger Maria, un embryon de collectionneurs commence à se dessiner et à s’intéresser aux œuvres de Lebadang.

M. Maestroni, alors directeur de la galerie Cézanne, lui organise sa première exposition à Cannes. Fernand Dartigues qui suit l’actualité régionale pour l’hebdomadaire Cannes-Nice-Midi et le magazine parisien Arts et qui écrira plusieurs articles sur Lebadang dit que « Les chevaux de Le Ba Dang naissent du mouvement et de la lumière ».

1957
La Galerie Cézanne à Cannes présente sa deuxième exposition.

1958
A Paris, il découvre la lithographie dans l’atelier Arts-Litho et fréquente l’atelier de Fernand Mourlot et celui de Jacques Desjobert. Il réalise sa troisième exposition à la Galerie Cézanne à Cannes, ainsi qu’une nouvelle présentation de ses œuvres à la Galerie Au Seuil Étroit à Paris. La même année, le Château de la Napoule près de Cannes lui organise une exposition personnelle.

1960
Dans les années 60, l’Angleterre (Galerie Frost and Reed à Londres), l’Allemagne, la Suisse (Galerie Leandro à Lausanne) et la Norvège (Galerie Spektrum et la Lundt University à Bergen) accueillent ses œuvres et lui ouvrent le chemin des États-Unis et l’intérêt des collectionneurs.

Il publie aux Éditions Au Seuil Étroit son premier portfolio Lebadang, avec un texte de Suzanne Tenand, comprenant trois lithographies en couleurs sur Velin Dambricourt et un exemplaire comprenant six gouaches et six lithographies en couleurs sur Japon nacré.

Dernière exposition à la Galerie Au Seuil Étroit à Paris et nouvelle exposition à la Galerie Sources à Aix-en-Provence.

1962
La Galerie Ina Fuchs de Dusseldorf présente pour la première fois ses œuvres en Allemagne.

1963
Il expose à la Galerie Mignon-Massard à Nantes et à la galerie Sources à Aix-en-Provence.

1964
C’est l’année de Huit chevaux, son premier portfolio en relief, sans couleurs ni encre, sur des poèmes et calligraphies de Chou Ling qui inaugure ses premières recherches sur la matière et les techniques de l’estampe. Le portfolio est fabriqué sur du papier du moulin Richard de Bas avec une suite sur Japon nacré. Il réalise aussi des peintures à l’huile avec des textes « calligraphiés » en vietnamien, comme des signes apposés sur un fond abstrait et texturé. Il reprendra cette forme dans les lithographies qu’il réalisera pour La nature prie sans paroles d’après un poème de Lao Tseu.

Lebadang (à gauche) et Chou Ling, 1964. Droits réservés.

Lebadang (à gauche) et Chou Ling, 1964. Droits réservés.

1965
Il réalise un grand tableau (120 x 700 cm) sur la guerre du Viêt Nam. Cette même année, Lyndon Baines Johnson ordonne des raids aériens en déclenchant l’opération Rolling Thunder et autorise l’utilisation du napalm.

1966
Le Cincinnati Art Museum, dans l’Ohio, lui consacre sa première exposition personnelle aux États-Unis. La même année, il expose à la Newman Contemporary Art Gallery à Philadelphie en Pennsylvanie. Il publie ses premières lithographies chez Lublin Graphics, un éditeur établit à Greenwich dans le Connecticut.

Les peintures de cette époque représentent des légendes vietnamiennes, notamment la légende de Tào-Quân ou Ông Tao, le génie du foyer. La palette est faite de rouges et de bleus. Il commence aussi à peindre des barques et des chevaux. Ces derniers deviendront un de ses thèmes de prédilection qu’il déclinera sur plusieurs supports et dans différents matériaux.

LEBADANG, "Ong Tao", 1966, huile sur toile, 73 x 116 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Ong Tao », 1966, huile sur toile, 73 x 116 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

1967
Il achève un portfolio de lithographies La nature prie sans paroles sur un poème de Lao Tseu, un ensemble de seize lithographies en couleurs publié par Weston Publishing, avec un texte de Madeleine Petit et imprimé sur du papier Arches par Guillard et Gourdon à Paris. Chaque lithographie est immédiatement précédée d’une page de callichromie. Les deux pages sont liées et se renvoient, l’une l’autre, dans un échange incessant.

Lebadang réalise deux peintures comme fondement ou matrice de son œuvre à venir. Le fond est divisé en plusieurs surfaces ou facettes, entre le clair et le foncé, un point ou une ligne, un point lumineux qui semble guider le regard, une ligne qui sépare et structure le tableau. Le fond est texturé avec une matière fluide, frottée et essuyée au chiffon. Par-dessus, les formes, en touches légères, sont comme imbriquées et semblent émerger de ce fond. Le premier tableau est un arbre sous une lune orange, le second est un cheval galopant dans un paysage crépusculaire. La palette est orange et rouge rehaussée de blanc et de jaune pour les couleurs claires, de bruns et de noir, avec du bleu, pour les couleurs foncées.

Pour la première fois, dans le coin droit, en bas du tableau, et au-dessus de sa signature, l’artiste introduit un petit signe rectangulaire en couleur comme le sceau d’une estampe orientale.

LEBADANG, "Cheval au crépuscule", 1967, huile sur toile, 65 x 81 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Cheval au crépuscule », 1967, huile sur toile, 65 x 81 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

1968
L’écrivain Georges Conchon lui consacre un texte paru aux Éditions d’Art G.R.G où il parle de cette lumière si particulière dans les peintures de Lebadang qu’il nomme « métamorphose de la nue » en référence à François-René de Chateaubriand et Louis de Fontanes et où le sujet en soi, les barques, les chevaux, l’eau en suspension, la nature tropicale sont comme une « métamorphose de la lumière ».

« Les jonques et les chevaux qui peuplent la peinture de Lebadang me font penser à ces « petites figures qui flottent en l’air » remarquées par Chateaubriand sur tel vase grec montrant le corps d’Hector trainé au char d’Achille, dans lesquelles Fontanes lui apprit à reconnaître « comme une métamorphose de la nue, par quoi les anciens Grecs se plaisaient à représenter l’âme » (Georges Conchon).

1970
Entre 1970 et 1973, la série Paysage indomptable présente des peintures sur le thème de la guerre du Viêt Nam. Les peintures sont en noir et blanc à la manière d’un Chu Ta, mais dans un style plus enlevé et où se lisent les mouvements du pinceau comme des signes calligraphiques, conciliant image et langage avec des fulgurances, des déplacements de matière, des écoulements, des projections, des frottements et des effacements. Elles représentent des paysages abstraits où la piste Hồ Chí Minh est matérialisée par une ligne rouge. Des paysages de guerre.

LEBADANG, « Paysage indomptable », 1970, huile sur toile, 162 x 130 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

L’artiste décline parfois ces paysages sous forme de polyptyques avec une prédilection pour la forme à quatre panneaux. Sur ces peintures monochromes, entre le motif, les pleins et les vides, le sceau et la signature contribuent à l’équilibre de la composition.

L’année 1970 est une année placée sous le signe de l’estampe. Lebadang publie plusieurs portfolios et innove de nouvelles techniques dans l’estampe : gravures-reliefs, gaufrages, eaux-fortes sur fond gaufré, lithographies sur double papier Japon, lithographies et reliefs etc.

Les lithographies reprennent les thématiques de l’artiste : chevaux, fleurs et barques, paysages. Les gravures en reliefs sont des paysages abstraits qui annoncent la grande série des Espaces de 1985.

1972
Exposition à la Galerie Fontaine à Paris et deuxième exposition personnelle à la Galerie Frost and Reed à Londres.

Les peintures monochromes en noir et blanc de la série Paysage indomptable sont parfois traversées de taches ocres ou jaunes dans de grands « balayages » ou un point rouge, un point vif, un signe bleu comme une griffure et la ligne rouge, en continue ou en pointillée, qui représente la piste Hồ Chí Minh. En 1972, l’opération Linebacker II avait pour but de détruire les infrastructures nord-vietnamiennes et de forcer le Nord-Viêt Nam à négocier les Accords de paix de Paris qui auront lieu le 27 janvier 1973.

La même année, il réalise une lithographie (56e cahier) sur un poème de Paul Eluard L’extase pour le livre Hommage à toi, France, un ouvrage collectif qui réunit 62 poètes de langue française de Charles d’Orléans à Pierre Emmanuel et illustré par des artistes, avec une préface de l’historien et critique d’art René Huyghe. L’illustration est un « paysage féminin » entre Odilon Redon et Hans Bellmer.

1973
Pendant les négociations sur les Accords de paix de Paris, il demande à M. Lê Đức Thọ, l’interlocuteur d’Henry Kissinger, de lui rapporter des débris des bombardiers B-52 pour en faire des sculptures peintes, des têtes de chevaux, des profils humains, des mains et des oiseaux, symboles de paix.

LEBADANG, "B-52", 1974, découpe et peinture sur acier (B-52), 90 x 105 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « B-52 », 1974, découpe et peinture sur acier (B-52), 90 x 105 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

Les dernières peintures, en noir et blanc, de la série Paysage indomptable sont accompagnées de textes « calligraphiés » en vietnamien, comme dans les peintures de 1964. Il entreprend une nouvelle série de chevaux en armure avec la barde d’encolure ou le plastron comme éléments décoratifs. La palette est à dominante de rouges et de noir avec un dessin très accentué qui donne beaucoup de volume. Des peintures-sculptures.

1974
En 1974, il rencontre John « Jack » Solomon président de Circle Fine Art Corporation qui dirige, alors, plusieurs galeries dans tout les États-Unis. Jack Solomon fonde Circle Fine Art Corporation en 1964. Circle Fine Art représente notamment Victor Vasarely, Erté, Norman Rockwell et Yaacov Agam. S’en suivra, pour Lebadang, une série d’expositions exceptionnelles à travers toute l’Amérique.

Il reçoit une commande du verrier Daum pour trois sculptures en pâte de verre, dont l’une, Le repos de l’étalon sera exposée à l’Ambassade de France de New-York, en 1980, pour l’exposition Pâte de verre – Sculpture, avec des œuvres de Paloma Picasso, Dali (avec, notamment, un Pégase de 1968) et César (Expansion III de 1968).

LEBADANG, "Le repos de l'étalon", 1974, pâte de verre (Daum). Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

LEBADANG, « Le repos de l’étalon », 1974, pâte de verre (Daum). Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés.

Il réalise Ten Horses, un portfolio de lithographies au format in-quarto Jésus. Toutes les planches sont gravées sur pierre, lithographiées et mises en relief par l’artiste.

Il expose à la Kunstmesse à Düsseldorf en Allemagne et entame une série d’expositions avec Circle Gallery à travers les États-Unis à New-York, Chicago, San Francisco, Los Angeles et San Diego.

1975
Il expose à la Kunstmesse à Köln en Allemagne.

La chute de Saïgon, le 30 avril 1975, marque la fin de la guerre du Viêt Nam.

1976
Réalisation du portfolio Fantaisies Suite.

La fin de la guerre du Viêt Nam lui permet un retour dans un pays encore dévasté. Il y retrouve sa famille dispersée et participe à la reconstruction de son village natal.

Il réalise une grande peinture abstraite (220 x 800 cm) comme un vaste paysage, entre montagne et ciel, en noir et blanc, avec une dominante bleue et trois taches de couleur rouge (un point, une ligne et le sceau) qui, avec la signature, ponctuent la composition horizontale. Cette œuvre serait comme l’aboutissement de la série Paysage indomptable avec une tendance à l’abstraction et une plus grande liberté, le format obligeant à de grands gestes et une fluidité du médium.

La même année, une grande toile (114 x 648 cm) composée de quatre grands panneaux séparés est dans la continuité du portfolio La Nature prie sans paroles. Ces quatre tableaux représentent des calligraphies sur fond de paysages montagneux. La palette est à dominante rouge-orange avec des terres et des ocres, des jaunes et du bleu en contrepoint.

1977
Il travaille sur le portfolio Fleurs Serie et présente à la Galerie Pierre Hautot à Paris des peintures à l’huile de grands formats, des orchidées aux formes extravagantes et sexuées dans une gamme de bleus et de violets. Le thème du vase et de la branche apparaît dans des compositions bleues.

LEBADANG, "Orchidée", 1977, huile sur toile. Droits réservés.

LEBADANG, « Orchidée », 1977, huile sur toile. Droits réservés.

1978
Il crée les décors et costumes de l’opéra Mỵ Châu – Trọng Thủy du compositeur vietnamien Nguyễn Thiên Đạo, sous la direction musicale de Marius Constant, pour l’Opéra de Paris (Salle Favart) dont l’administrateur général est Rolf Liebermann. Pour Lebadang « un décor n’est pas obligatoirement l’illustration statique d’une séquence d’opéra », il cherche la mobilité et l’illusion de la vie sur scène dans un décor minimaliste où les couleurs apportent une touche de vie. Le livret met en scène la légende vietnamienne de la Citadelle de Cô Loa du royaume d’Au Lac et du tragique destin de la princesse Trọng Thủy.

LEBADANG, Opéra "Mỵ Châu - Trọng Thủy", 1978. Myshu Lebadang, Paris, France. © D. Cande.

LEBADANG, Opéra « Mỵ Châu – Trọng Thủy », 1978. Myshu Lebadang, Paris, France. © D. Cande.

« Comme dans ma peinture, je cherche d’abord un ton général, auquel s’ajoute une couche de couleur, de lumière. Pour Mỵ Châu – Trọng Thủy, j’ai voulu avant tout créer une unité entre la musique, la légende et la scène. » (Lebadang)

La même année, il exécute un ensemble de sérigraphies, avec une « technique à l’or » mise au point par l’artiste dans les ateliers de Circle Fine Art, qu’il réunit sous le titre Lebadangraphy. Il réalise aussi des paravents. Dans ces sérigraphies, la superposition des couches donne une matière soyeuse et unique avec un travail sur l’épaisseur de l’encrage, la transparence et l’opacité des couleurs.

LEBADANG, "Lebadangraphy - Cheval", 1970, sérigraphie sur papier, 76 x 56 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Lebadangraphy – Cheval », 1970, sérigraphie sur papier, 76 x 56 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

« I tried to achieve a sumptuousness of harmonies over the total surface of the plate by the optical vibration and the superimposing of the colors, not by their accumulation. » (Lebadang)

Les peintures reprennent les mêmes thèmes avec des variantes, fleurs et branches dans un vase, paysages lunaires, paysages avec barques vue d’en haut, arbres dans la tempête avec une palette plus restreinte et une matière plus fluide proche du lavis. A l’occasion de son exposition à la foire d’art contemporain de Bâle (Art 9’78 Basel), en Suisse, du 14 au 19 juin 1978, son ami, peintre et lithographe, Marcel Salinas, écrit dans le catalogue A propos de fleurs :

« Les récentes séries d’estampes révèlent une nouvelle dimension de la texture lithographique et cette invention est le fruit des recherches actives que Lebadang ne cesse d’entreprendre. C’est ainsi qu’il a imaginé un nouveau procédé d’impression à l’aide de deux papiers, l’un transparent, dont la texture ouverte joue avec l’impression de la feuille de dessous et donne à chaque épreuve l’apparence d’une broderie colorée. » (Marcel Salinas)

1979
Nouvelle série d’expositions avec Circle Gallery à New-York, Los Angeles, San Diego, San Francisco et Denver. Les peintures sur les mêmes thèmes deviennent de plus en plus abstraites avec une palette très sombre où les bleus et les noirs dominent.

1980
Le décès de son fils le laisse meurtri et dans une crise profonde. Il réalise une tombe en acier inoxydable dont la surface polie fait se refléter la nature environnante, les arbres et le ciel. Un mobile, avec le symbole du Yin et du Yang, s’anime au gré du vent et des flûtes laissent passer l’air. Sur le dessus, l’artiste a sculpté des scènes de la vie quotidienne. La tombe se trouve au cimetière du Montparnasse à Paris.

LEBADANG, tombe de "Touty", 1980, acier inox, cimetiere du Montparnasse, Paris. © Luc HO.

LEBADANG, tombe de « Touty », 1980, acier inox, cimetiere du Montparnasse, Paris. © Luc HO.

« En créant son tombeau, je fais planer son âme en reflet où le ciel et les nuages, les oiseaux et les arbres s’animent avec les figurines qui représentent sa vie et la perpétuent comme le Yin et le Yang, le Vide et le Plein. » (Lebadang)

Ombres et Reflets, poème de Mireille Gansel :

sur la dalle d’acier le plus pur
les arbres et toutes leurs saisons
les ciels et toutes leurs variances
et sur les eaux immobiles de l’absence
les ombres découpées en danse de clarté
larmes de pluie en gouttes de lumière
fleurs blanches
et cendres grises des baguettes d’encens
au petit matin
avant de monter dans son atelier
le vieux peintre s’en vient sur la tombe de son enfant
ombres et reflets
âme de son art

Il expose à la Circle Gallery à Chicago, à la Clayton Art Gallery à Clayton du comté de Saint Louis dans le Missouri. En Allemagne, la Genner Gallery à Duisbourg et la Wonderbank Gallery de Frankfort présentent une exposition d’œuvres récentes.

Après plus de quarante années de vie en France, il acquiert la nationalité française.

1981
Lebadang commence à travailler sur La comédie humaine en référence à l’œuvre éponyme de Honoré de Balzac et qui représente la condition humaine selon lui. Création de dessins, aquarelles, peintures, gravures, lithographies, collages et sculptures, cet ensemble considérable est fait de rêves et de souvenirs, d’images inspirées par la nature et les paysages du Viêt Nam dans lesquels Lebadang y place la figure humaine et des scènes de la vie quotidienne. Selon ses écrits, il y parle du passé, du présent et de l’avenir, de la joie et de la tristesse, de l’innocence de l’enfance, de l’ardeur de la jeunesse et de la vieillesse, entre la sérénité et l’angoisse.

LEBADANG, "Comédie Humaine #1", lithographie et reliefs sur papier, 60 x 60 cm. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Comédie Humaine #1 », lithographie et reliefs sur papier, 60 x 60 cm. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

Série d’expositions avec Circle Gallery à Dallas, Los Angeles et Houston et à la The Owl Gallery à San Francisco, la Walton Street Gallery à Chicago et la Gallery in the Square à Boston.

Le sceau, au début, un carré ou un rectangle de couleur devient un carré rouge avec à l’intérieur trois figures représentant la famille et qui apparaît désormais sur toutes ses œuvres.

Il réalise des sculptures en bois qui représentent des personnages, le couple ou la famille (le père, la mère et l’enfant). Les sculptures ont peu de profondeur et sont en taille directe avec des évidements, des trouées, des percements, des pleins et des vides. Ce sont comme des découpes sur papier, mais en trois dimensions. Elles ne cherchent pas à représenter l’anatomie ou la figure humaine. Ce sont des silhouettes.

LEBADANG, "Couple", sculpture sur bois. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Couple », sculpture sur bois. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

1982
Plusieurs expositions ont lieu avec Circle Gallery à New-York, Pittsburg, San Diego, San Jose et Northbrook dans l’Illinois. La même année, Lebadang expose à la Carolyn Summers Gallery à New-Orleans, Cherry Creek Gallery of Fine Art à Denver, The Old Olive Tree Gallery à Scottsdale en Arizona, Pavilion Gallery à Portland, la Ludeke Gallery à Cincinnati et à la Pioneer Square Gallery à Seattle.

1983
Série d’expositions avec Circle Gallery à Chicago, San Diego et New-York. La Promenade Gallery de Woodland Hills à Los Angeles expose ses œuvres récentes.

1984
Dans les ateliers de Circle Fine Art, en Arizona, il entreprend la création de bijoux d’artiste qu’il nomme Art to Wear, des bijoux en or avec des perles et des pierres précieuses qui préfigurent, en miniature, les Espaces.

LEBADANG, "Art to Wear", pendentif, 1984, or, diamants et perles. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Art to Wear », pendentif, 1984, or, diamants et perles. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

Nouvelle série d’expositions avec Circle Gallery à Houston, Northbrook (Illinois), San Francisco, San Jose et Miami, ainsi qu’à la Pionner Square Gallery à Seattle, Congress Square Gallery à Portland et la Gallery in the Square à Boston

1985
Il démarre ce qui sera, sans doute, son œuvre majeure, la série des Espaces. Des œuvres en papier qui combinent plusieurs techniques par collage et superposition, entre sculptures et bas-reliefs, comme une synthèse et un dépassement de ces deux formes d’expression. Lebadang fait fabriquer son papier au Moulin de Larroque à Couze, en Dordogne, un papier pur chiffon fait main, très épais qu’il déchire à la main et colle par strates superposées jusqu’à obtenir une sorte de paysage en « relief », un paysage vu du ciel. Les premiers Espaces sont monochromes, blancs ou noirs. A cette époque, il s’intéresse aux vues aériennes des géoglyphes de Nazca de la photographe américaine Marilyn Bridges. Il y voit un lien entre l’homme et le Cosmos.

« A bien y regarder, l’œuvre de Lebadang paraît lunaire, silencieusement lunaire. Des espaces que l’on observe de haut, où le dénivelé et les aspérités du terrain nous rappellent les « terra incognita » des premiers explorateurs. Comme si cela était le royaume des esprits, le refuge de la mémoire des morts. Au premier regard, une œuvre où l’œil balaie des contrées glaciales et désertiques, où seule une nappe bleue vient nous faire soupçonner la présence d’un lac ou d’un glacier. Entre la sérénité et le silence qui précèdent les tempêtes Lebadang devient l’architecte de la nature. » (François Nédellec, conservateur du musée de la Castre à Cannes)

« Lebadang est un sage, qui sait que ce qui n’est pas fait avec le temps, n’est retenu par le temps. Alors, il fabrique, il recompose des paysages, des continents à l’image des modèles qu’il assemble. » (François Nédellec)

LEBADANG, "Apparition de la rivière", 1987, papier, relief, gravure, aquarelle, poinçon d'or et acrylique sur papier, 80 x 56 cm. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Apparition de la rivière », 1987, papier, relief, gravure, aquarelle, poinçon d’or et acrylique sur papier, 80 x 56 cm. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

Expositions avec Circle Gallery à New-York, Chicago, New-Orleans, Pittsburg et Los Angeles et à la Cherry Creek Gallery of Fine Art à Denver et à la Promenade Gallery de Woodland Hills à Los Angeles.

La même année, il entame une grande série d’aquarelles, des nus dans un paysage où le paysage devient corps et le corps, paysage. La palette est bleue avec des touches de rouge.

LEBADANG, "Paysage féminin", 1985, aquarelle sur papier, 56 x 76 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Paysage féminin », 1985, aquarelle sur papier, 56 x 76 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

Une autre grande toile (100 x 1060 cm), une composition abstraite, un immense paysage vu d’en haut traversé par une ligne horizontale qui semble relier quatre entités comme des territoires immergés avec trois dominantes de couleur : ocre-jaune pour la partie gauche, bleu-vert pour le centre et violet pour la partie droite.

1986
Série d’expositions avec Circle Gallery à New-York, Northbrook, Chicago et San Francisco.

1987
Série d’expositions avec Circle Gallery à New-York, Chicago, Los Angeles, San Diego, Saint Louis, New-Orleans et Seattle.

Dans une galerie parisienne, il rencontre Marc Squarciafichi (de son nom d’artiste Marcestel) qui l’introduit au Japon et l’accueille dans son atelier d’Izumisano-Shi à Osaka.

Expositions au Japon à Osaka, Tokyo, Kyoto, Nagoya et Ashiya où il présente un ensemble important de gravures-reliefs avec gaufrage sur papier, des Espaces sur papier avec des inserts de gravures-reliefs ou d’eau-forte qu’il réunit sous le titre Au-delà du graphisme – Beyond the graphic.

1988
Expositions aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.

1989
Aux États-Unis, il reçoit le Prix de « The International Institute of Saint-Louis » de la ville de Saint Louis, le 25 janvier 1989, des mains de Mme Margie May qui, avec son mari, M. Morton D. May, ont été les donateurs de la collection des Max Beckmann du musée de Saint Louis.

1990
Il participe à la foire internationale de Tokyo (Tokyo International Art Expo) et à celle de Kyoto (Kyoto Art Expo). Une série d’expositions le mène à Yokohama, Nagoya, Osaka, Kobé et Ashiya.

1991
Il a été commissionné pour créer l’épée d’Académicien du professeur Jacques Ruffié en collaboration avec le fondeur Pascal Arthus-Bertrand.

« Entre temps, la renommée de Dang ne cesse de croître. Compte tenu de son talent et de notre vieille complicité qui défia le temps, je lui proposai de sculpter cette épée. » (Jacques Ruffié)

Il est fait Citoyen d’honneur de « The City of New Orleans » à la Nouvelle-Orléans le 13 avril 1991.

Il organise une exposition « champêtre » dans son village natal à Bích La Đông pour honorer la mémoire de son père et de ses ancêtres.

1992
Il est nominé pour être « International Man of the Year » à Cambridge en Angleterre.

Il voyage en Inde où il rencontre son amie Ruby Palchoudhuri qui lui présente l’artiste peintre Paritosh Sen à Calcutta. Ces rencontres déboucheront sur sa première exposition en Inde, à Calcutta, en 1996, à la Birla Academy of Art and Culture.

1993
Les œuvres de cette année et de l’année suivante sont une déclinaison de la série des Espaces réalisées avec du papier noir que l’artiste repeint en bleu et blanc.

1994
Lebadang est nommé chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, le 16 juin 1994 à Paris, par le Ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon.

LEBADANG, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, 1994. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, 1994. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

1995
Série d’expositions en Allemagne à la Galerie Herburger à Saarbrucken et à la Galerie Ostendoff à Heidelberg.

Les Espaces deviennent des mobiles peints recto verso et sont suspendus. Le fond est à base de papier avec un apport de matière par collage et superposition et l’adjonction de sable. La forme est découpée et peinte avec des figures ou des formes en creux. La gamme est bleu-noir avec toujours un point ou une ligne rouge.

1996
La Birla Academy of Art and Culture de Calcutta organise sa première exposition personnelle en Inde. L’exposition présente des Espaces sur papier, des Espaces peints sur papier, des peintures structurées, des gravures-reliefs avec gaufrage. Ruby Palchoudhuri et le peintre Paritosh Sen préfacent le catalogue de l’exposition.

1997
A la demande d’Anne Plécy, la directrice et co-fondatrice de la « Carrière de Lumières » du village médiéval des Baux-de-Provence (anciennement « Cathédrale d’Images » où Jean Cocteau tourna des scènes du Testament d’Orphée et qui servira de lieu pour des projections d’images géantes), Lebadang crée, dans ce milieu naturel et les immenses galeries creusées dans le roc du Val d’Enfer, un grand Espace de 300 m² sur plus de 10 m de haut. L’exposition intitulée Espace Lebadang a été exceptionellement visible jusqu’en 2002.

« La matière utilisée pour réaliser les œuvres est de la composition de l’artiste afin de s’intégrer au plus près de celle des parois de la carrière et de préserver la magie de ce lieu unique. » (extrait du catalogue)

Myshu Lebadang insère ce texte de Roger Caillois dans le catalogue de l’exposition, en écho avec cet environnement minéral fait de calcaire qui sert d’écrin aux œuvres de Lebadang :

« Ecritures des pierres : structures du monde. La vision que l’oeil enregistre est toujours pauvre et incertaine.L’imagination l’enrichit et la complète, avec les trésors du souvenir, du savoir, avec tout ce que laissent à sa discrétion l’expérience, la culture et l’histoire, sans compter ce que, d’elle-même, au besoin, elle invente ou elle rêve. » (Roger Caillois, L’Ecriture des pierres. Skira, 1970)

LEBADANG, "Espace Lebadang", 1997, technique mixte. Droits réservés.

LEBADANG, « Espace Lebadang », 1997, technique mixte. Droits réservés.

2002
Période des Yeux. Entrelacs de lignes, tourbillons, planètes ou galaxies en expansions ou images du Cosmos, les yeux sont traversés d’une ligne rouge. Parfois, ils sont circonscrits dans une « boîte » dont les bords sont ceux de la toile.

LEBADANG, "Yeux", huile sur toile, 130 x 162 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Yeux », huile sur toile, 130 x 162 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

Après un voyage à Angkor Vat, il entreprend la série des Bouddha, de grands portraits où le visage de Bouddha, les yeux fermés, semble émerger d’une matière soyeuse et mouchetée faite de « dripping » et de projections en passes légères et fondues entre elles. La dominante des peintures est bleue. Certaines sont bistre-sépia sur fond blanc. Il poursuivra cette série jusqu’en 2010 jusqu’à la période de la Cosmic Family.

Exposition au Musée Hô Chi Minh à Hô Chi Minh Ville et participation au Festival de Huê.

LEBADANG, "Bouddha", 2007, huile sur toile, 116 x 89 cm. © Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam.

LEBADANG, « Bouddha », 2007, huile sur toile, 116 x 89 cm. © Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam.

2003
Après plus de quarante années sans avoir exposé à Paris, la galerie parisienne V.R.G présente ses œuvres récentes.

Poursuite de la série des Bouddha avec des personnages calligraphiés comme les caractères d’un poème qui reprennent les postures des personnages de la Comédie humaine.

2004
La Galerie Bijutsu Sekai à Tokyo lui consacre une exposition.

Mai Courtot présente à la Galerie Hoa Mai à Paris, une exposition personnelle de Lebadang. Les œuvres exposées sont des Espaces sous forme de mobiles peints recto verso et suspendus, des peintures hautement structurées avec un mélange de matière et de techniques picturales. Des œuvres hybrides aux confins de plusieurs registres entre sculpture et peinture.

LEBADANG, "Espace peint", 2004, technique mixte sur papier. Droits réservés.

LEBADANG, « Espace peint », 2004, technique mixte sur papier. Droits réservés.

2005
Seconde présentation de ses œuvres à la Galerie Bijutsu Sekai à Tokyo.

2006
Inauguration, en présence de l’artiste, de la Fondation d’Art Lebadang à Huế au Viêt Nam. La Fondation a été créée avec l’appui des autorités de la ville de Huế et de la province de Thừa Thiên-Huế. Elle conserve et expose en permanence plus de 400 œuvres de l’artiste qui reflètent plus de 70 ans de création.

Pendant son séjour à Huế, il réalise plusieurs sculptures en bois du Viêt Nam et en acier inoxydable, des Bouddhas et des personnages. Les évidements et les trouées sont autant de personnages en creux. Certaines sculptures sont des stèles gravées et sculptées de personnages comme des bas-reliefs.

LEBADANG, "Bouddha", 2006, sculpture, bois du Viêt Nam, 90 x 100 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Bouddha », 2006, sculpture, bois du Viêt Nam, 90 x 100 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

Lebadang pratique l’art du papier découpé, entre vide et plein, qui laisse voir, au travers, la lumière comme un théâtre d’ombres. Il illustre un chant-légende du peuple Hmong L’aimée de la rivière noire, paru aux Editions Alternatives et traduit par Mireille Gansel, avec des découpages de personnages et d’animaux dans des papiers reproduisant les motifs des textiles Hmong et représentant des scènes de la vie quotidienne dans les montagnes du nord du Viêt Nam.

LEBADANG, "Hmong", découpe et aquarelle sur papier. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

LEBADANG, « Hmong », découpe et aquarelle sur papier. Myshu Lebadang, Paris, France. © Luc HO.

2007
Troisième exposition à la Galerie Bijutsu Sekaï à Tokyo.

2008
Nouvelle participation au Festival de Huê.

2009
Exposition à la Fondation d’Art Lebadang à Huê.

La série Cosmic Family réunit ses dernières œuvres. Principalement, des huiles sur toile à dominante bleues et des diptyques qui représentent la famille et la naissance, avec la figure omniprésente de Bouddha.

LEBADANG, "Cosmic Family", 2009, huile sur toile, 89 x 130 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

LEBADANG, « Cosmic Family », 2009, huile sur toile, 89 x 130 cm. Fondation d’Art Lebadang, Huế, Viêt Nam. Droits réservés.

Pendant un nouveau séjour à Huê, il poursuit son travail sculptural. De retour à Paris, il réalise des terres cuites, des vases aux formes érotiques. D’autres terres cuites représentent le grain de riz qu’il envisage comme une forme d’habitat.

2010
Participe au Festival de Huê.

Il revient à la figure de Bouddha les yeux fermés et de l’enfant avec les yeux démesurément grands et ouverts. Certaines peintures oniriques sont des Espaces avec des yeux ouverts qui semblent flotter entre terre et ciel et avec en filigrane le visage de Bouddha.

Son dernier tableau (130 x 291 cm) tout en ocre rouge et jaune, avec des nuances de carmin, reprend la palette de ses débuts dans un style plus épuré, fait de dripping, de projections et de frottements dans une matière légère qui vibre et respire.

LEBADANG, "Cosmic Family", 2010, huile sur toile, 130 x 291 cm. Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés

LEBADANG, « Cosmic Family », 2010, huile sur toile, 130 x 291 cm. Myshu Lebadang, Paris, France. Droits réservés

2011
Le Musée National d’histoire vietnamienne à Hànôi organise une grande exposition de ses œuvres.

2012
A l’occasion de la parution du livre L’art de la découpe aux Editions Alternatives (Gallimard), dans lequel figure l’artiste, deux grands papiers découpés sont exposés à la Librairie du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou à Paris.

2014
Une stèle à la mémoire des 20 000 travailleurs vietnamiens requis par la France lors de la Seconde Guerre mondiale est inaugurée le 5 octobre 2014 à Salin-de-Giraud en Camargue. L’association M.O.I (Mémorial pour les Ouvriers Indochinois) est le maître d’œuvre de l’ouvrage réalisé d’après une maquette originale de Lebadang qui reprend sous forme filaire la posture du paysan vietnamien s’en allant aux rizières, la houe à la main. La technique choisie, faite d’aplats, ne permet pas de rendre le volume initial et l’aspect filaire de la maquette d’origine.

Mme Shimizu, alors, directrice du musée Cernuschi (musée des Arts de l’Asie de la ville de Paris), prend contact avec Lebadang pour une éventuelle donation.

2015
Lebadang s’éteint, à 94 ans, le 7 mars à Paris. Ses obsèques ont lieu sous la Coupole du cimetière du Père Lachaise, à Paris. Plusieurs cérémonies auront lieu au Viêt Nam, dans son village natal à Bích La Đông et à la Fondation d’Art Lebadang à Huế.

Myshu Lebadang, son épouse, fait une donation au musée Cernuschi, notamment un ensemble important d’œuvres sur papier qui reflète toute l’étendue des recherches plastiques et des innovations techniques de l’artiste dans le domaine de l’estampe. La donation comprend 33 estampes, un portfolio de 17 lithographies, 2 aquarelles et 2 toiles.

Le film documentaire Lê Bá Đảng – Từ Bích La Đông đến Paris (Lê Bá Đảng – De Bích La Đông à Paris) de Đặng Nhật Minh est projecté à Huế et le 19 septembre au cinéma La Clef à Paris.

2016
Le film Lê Bá Đảng – Từ Bích La Đông đến Paris de Đặng Nhật Minh est projeté au Fukuoka International Film Festival 2016 au Japon.

Du 2 novembre 2016 au 5 mars 2017, une présentation de 20 œuvres de Lebadang au sein du parcours des acquisitions récentes du musée Cernuschi marque l’entrée de la donation de Myshu Lebadang dans les collections du musée.

2018
Parution du livre Genesis, un ensemble de dessins à l’encre de Chine qui représente l’évolution de l’espèce selon Lebadang.

2019
Le 21 avril 2019 a eu lieu l’inauguration du « Lebadang Memory Space » à Kim Sơn, près de Huế, un espace de mémoire et d’exposition qui présente une collection privée.

Luc HO